30 avr. 2013

Fantasmes à la québécoise


La réalité dépasse parfois largement la fiction. Preuve en est.
Rédacteur pour plusieurs Groupes de Presse, je rédige à la commande des articles sur le jardin, la déco, la maison, mais aussi les artistes, les vins et les établissements et sites touristiques. Commande du jour : un article sur les vins de Provence, secteur varois.
Qui dit vin dit terroir, et me voilà parti pour décrire certaines caractéristiques climatiques, géologiques, topographiques et pédologiques. Ainsi j’évoque des fonds de vallons sablo-limoneux pour désigner, selon le principe du triangle des textures, un sol composé de 75 % de sable, 15 % de limon et 10 % d’argile.
Ayant plutôt bonne réputation pour mes compétences scientifiques et techniques, mais me sachant plus fragile quant à mes capacités orthographiques et typographiques, j’ai décidé de me faire épauler voici quelques temps pour ces derniers points par un bon logiciel et choisis en conséquence d’acquérir Antidote. Version 8, tant qu’à faire. Une fois donc mon article terminé et relu, je le soumets au correcteur pour repérer d’éventuels oublis.
Plutôt content d’un texte presque sans fautes à quelques virgules près, me voilà pourtant tout surpris de découvrir mon « sablo-limoneux » souligné d’un trait rouge en gras ! M’enfin !
Petit survol de souris et voilà qu’Antidote m’accuse de quatre impardonnables erreurs : injurieux + familier + orthographe + trait d’union !!! Murf ! Tout ça pour « sablo-limoneux ».
Croyez-vous qu’en parlant pédologie et texture du sol on ait vraiment une tête à être injurieux ? Déterminer la classe texturale d’un sol à partir des analyses de composition en sable, argile, limon et selon un diagramme dit triangle des textures… j’ai beau chercher… injurieux je ne vois pas. Sauf pour quelque cancre dont la richesse linguistique se résume aux paroles francisées du dernier tube de Rihanna (Je veux être ton bébé, tu seras toujours mon bébé, dis mois ce que tu veux… ton amour est la perfection… blabla… niais !).
Mais pour un Québécois, il doit y avoir injure. Bon, au corps défendant de nos supers voisins d’outre Atlantique, reconnaissons que c’est quand même dingue que le meilleur logiciel orthographique du marché soit québécois ! En France, le français… on sait pas faire.
En clair, dans la tête d’un Québécois, « sablo-limoneux » est une version très fangeuse de la provocation sexuelle façon féminine. Si si !
Vous ne me croyez pas ? Demandez à Antidote de vous lire « sablo-limoneux », et voilà qu’il vous le transforme en « salope limoneuse »…VRAI !
Maintenant, le coup de la salope limoneuse… j’ai quelques doutes sur le programmateur qui est derrière tout ça. Car après-tout, habituellement quand Antidote ne connaît pas un mot il indique simplement « mot inconnu ». Mais là, avouez que ça ne s’invente pas. Québécois peut-être, le programmateur ne serait-il pas aussi un peu adepte des fantasmes extravagants ? Les yeux sur un écran présentant quelques pulpeuses cuisses écartées, les doigts d’une main sur le clavier (l’autre étant indisponible), en train de taper sablo-limoneux, je me demande si le cerveau du pauvre gars n’aurait pas disjoncté dans un moment par trop crucial dans la phase finale de l’excitation.
N’empêche… salope limoneuse… ah je vois la scène !
Merci Antidote pour cet humour à la québécoise !
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Morale de l’histoire, si votre ado est un cancre dont la richesse linguistique se résume aux paroles francisées du dernier tube de Rihanna, surtout, surtout… ne lui prêtez pas Antidote, ça pourrait ne pas plaire du tout à sa prof de français pas plus qu’à celle de bio ou sciences nat. Sauf s’il s’agit de vieilles célibataires libidineuses !

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